INTRODUCTION À LA PERMACULTURE PAR BEN

2 mai 2017

C’est principalement pendant les repas de famille, après un verre de pineau et quelques noix que nous avons l’occasion de refaire le monde, surtout celui de l’agriculture et de philosopher sur la vie du sol puisque Ben est le frère de mon amoureux et il a créé une association de permaculture Les compagnons du végétal, par chez lui en Charente !

ben

Bien loin de nos villes, avant de se retrouver dans nos assiettes puis servi à notre corps comme carburant pour le fonctionnement de nos organes, les aliments naissent dans les champs la plupart du temps pas vraiment correctement.

De la graine jusqu’au supermarché, notre futur casse-croûte subit tout un processus qu’on ne soupçonne pas, qui peut pourtant avoir de graves conséquences directement sur notre propre santé mais aussi celle des sols qu’on fertilise et donc de la biodiversité environnante qu’on détruit à petit feu.

Heureusement certains initiés s’alertent et mettent toute leur énergie pour améliorer ces conditions qui ne peuvent pas pérenniser.

– Coucou Ben, tout d’abord peux-tu présenter aux fourmis « les compagnons du végétal » qui ne connaissent pas cette asso dont tu es le fondateur ? ligne Salut salut ! Alors par où commencer…

Les Compagnons du Végétal est donc une association (loi 1901) dont les activités ont débuté en 2015.

Elle vise à la transmission de savoirs, tels que la culture naturelle, la reconnaissance des plantes et leurs intérêts pour l’écosystème et pour l’homme, ainsi que, le partage de savoir-faire comme la vannerie, la teinture végétale, le greffage…

Pour ce faire nous commençons par mettre en place des jardins naturels pédagogiques en libre service (fruits, légumes, fleurs, boutures et semences) sur des lieux publics !

Mais ce n’est pas tout ! Nous mettons également en place des grainothèques (boite de graines non-hybrides en libre service) dans des bibliothèques et autres médiathèques environnantes.

Pour que nos adhérents approfondissent les sujets qui leur tiennent à cœur, nous mettons à disposition une bibliothèque d’ouvrages de référence. Dans le but de réunir les différents acteurs du territoire, nous mettons aussi en place un évènement alliant l’Art et la Nature. Nous organisons également des soirées conférences/débats sur des sujets liés aux problèmes rencontrés par l’Agriculture.

Pour finir, nous allons, à la rentrée scolaire de septembre, initier nos petites têtes blondes charentaises à tous ces savoirs à travers un programme éducatif appelé Les Petits Compagnons !

– Avant même de rentrer dans les détails de la permaculture, pourquoi prendre l’initiative de cultiver différemment du conventionnel ? ligne

Cette démarche ne vient pas d’une vocation ou d’un coup de tête mais est l’aboutissement d’une réflexion suite au constat du système de production agro-alimentaire et de ses travers.

L’agriculture conventionnelle est une agriculture suicidaire sur de nombreux points :

– Nous commençons par détruire des écosystèmes naturels, autonomes, et extrêmement fertiles, à l’aide du labour puis nous mettons en place des écosystèmes très faibles en biodiversité (autrement appelés monocultures) et donc adapté à l’émergence, au développement de maladies, champignons et autres pathogènes… La production étant en permanence sujette aux pathologies, il est donc préférable de traiter chimiquement (car oui les produits phytosanitaires, ce qui signifie “soin des plantes”, sont des productions de l’industrie pétro-chimique et plus précisément l’industrie phyto-pharmaceutique).

Les biocides (tueurs de vie), comme je les appelle, ont différents rôles: l’un va tuer les “mauvaises herbes” qui “volent” la nourriture à la culture, un autre, tous les champignons, il y a aussi celui qui “s’occupe” des insectes… une fois que ces traitements sont passés, il faut nourrir les cultures à l’aide d’engrais chimiques (toujours issus de la même industrie) car le sol n’est devenu qu’un substrat inerte, un sol mort…

Il est très important, il me semble, de connaître le mode de culture des aliments que l’on ingurgite ! L’agriculture conventionnelle n’est ni plus ni moins que de la “gestion de pathologies végétales” et est extrêmement mortifère pour l’ensemble de la biodiversité (dont l’humain fait partie). De plus il est intéressant de voir que pour produire une calorie (unité d’énergie) il faut de 5 à 15 calories dépensées ce qui va à l’encontre d’un mode de production durable.

Pour les végétariens les problèmes “s’arrêtent là”. Pour les omnivores, imaginez-vous que toutes les cultures d’OGM (certaines sont dit Round up Ready, c’est-à-dire prêtes à supporter des doses colossales de ce désherbant, soit elle contient à l’intérieur même de sa sève une substance insecticide) nourrissent le bétail à travers le monde entier, qui devient malade à son tour, et, se retrouve donc sous antibiotiques tout au long de sa vie. Je vous laisse imaginer ce qui arrive aux humains qui sont au bout de cette chaîne alimentaire…

Quand on arrive à ce constat factuel, il peut être rageant de voir que nous finançons notre propre empoisonnement à travers les “aides”(=menottes) de la Politique Agricole Commune.

Il est nécessaire de se ré-approprier quelques connaissances de bases en matière de production de nourriture !

– Revenons sur ce terme de « permaculture », qu’est ce que ça veut dire exactement ? Y a-t-il une méthode unique à suivre ? ligne

Le Petit Robert définit la Permaculture comme “un mode d’aménagement écologique du territoire, visant à concevoir des systèmes stables et autosuffisants.” La production de nourriture étant la problématique contemporaine la plus importante, elle est le cheval de bataille de la permaculture actuellement.

La permaculture se base sur l’observation de la Nature et en reproduit les schémas afin de rendre les systèmes humains plus viables, plus autonomes.

On comprend tout de suite qu’il est impossible de copier une permaculture adaptée en milieu désertique, montagnard et de la coller dans nos contrées de plaines tempérées, il convient donc de respecter au maximum les espèces endémiques et jouer sur la notion d’équilibre.

L’application au jardin :

Un jardin c’est environ 90% de plantes d’importation, en cours d’adaptation à notre climat/terroir mais demande encore beaucoup d’entretien. L’installation d’un système permaculturel au jardin se base sur l’observation du milieu (eau, accès, microclimat, vent, ombre, plantes et insectes bio-indicateurs, …) et sur les besoins de la/des personnes qui en seront les bénéficiaires.

Contrairement à l’agriculture conventionnelle qui part du constat que le sol n’est qu’un substrat inerte à “remplir” de fertilité, la permaculture le voit comme une nouvelle planète inconnue (nous ne connaissons que 10 à 15% des habitants du sol). Tout est question d’équilibre de système, la fertilité ne provient ni des champignons, ni des vers de terre, ni des bactéries, … mais de l’ensemble de ces hôtes ! Chacun a une place primordiale et est essentiel à la fertilité d’un sol.

Le modèle parfait est représenté par les forêts nourricières qui entourent les villages des indiens d’Amazonie: il n’y a aucune trace de la main de l’homme alors que ces bois anthropisés sont extrêmement productifs (nourriture, matériaux, …) et extrêmement diversifiés, on est bien loin des monocultures labourées.

– Est ce que la permaculture peut (et doit) produire à grande échelle ?ligne

Oui bien sûr, il nous faudra juste revoir notre vision de l’agriculture car les fermes “permacoles” dites bio-intensives se rapprochent davantage de l’agriculture conventionnelle que d’un écosystème naturel.

Il est nécessaire de remettre les systèmes fermiers agro-sylvo-pastoral, c’est-à-dire, le champs, la forêt et les animaux à proximité. Cela limitera les externalités négatives liées à l’élevage intensif d’un côté, aux monocultures de l’autre et rendra une ferme bien plus résiliente (capacité à réagir à un changement brutal).

Exemple : gel tardif dans une monoculture de cerisiers = 0 récolte, ou encore maladie dans un cheptel = mise a mort de tous les animaux.

Alors qu’en polyculture, poly-élevage: comme les revenus viennent de 10 voire 20 productions différentes, même si l’année est mauvaise pour certains fruits ou légumes cela ne mettra pas la ferme en péril.

Ce n’est pas nouveau, c’est l’alliance du bon sens paysan et des sciences naturelles.

– Quelles seraient les conséquences pour la société d’atteindre l’autonomie alimentaire ? ligne

La question de l’autonomie alimentaire est difficile à résoudre car nous sommes une société qui produit énormément de nourriture et nous en jetons près de la moitié. La problématique principale n’est pas la quantité mais bien la qualité. L’important serait de revoir notre mode de consommation et d’alimentation afin de favoriser des cultures adaptées, saines et développant la biodiversité (toute la biodiversité pas uniquement celle dite “utile”)

Le blocage des instances décisionnaires par le monde de la finance et des lobbys coupe court à toute réelle vision d’autonomie alimentaire saine.

L’autonomie alimentaire est d’ors et déjà présente partout autour de nous mais nous ne la remarquons pas. En effet, nous préférons nous nourrir de fruits et légumes issus de l’agriculture et qui, suivant les pratiques, ne sont que très peu pourvus en nutriments assimilables par le corps humain. Dans les plantes sauvages comestibles, il y a tout plein de nouveaux goûts, nouvelles associations gustatives et de plus ces végétaux sont extrêmement bons pour la santé car ils renferment une multitude de vitamines, minéraux adaptés à l’humain.

– Serait-ce réalisable ou purement utopique ? ligne

C’est réalisable très rapidement et facilement avec un peu de volonté politique et en basculant les budgets santé et agriculture dans cette optique saine et durable. Ce sont les paysages qui seraient le plus impactés. Au lieu de voir des champs à perte de vue, on y privilégierait des forêts comestibles, des retours à des écosystèmes naturels notamment les milieux humides qui renferment une grande biodiversité et qui se sont vus transformer en monoculture de maïs. La réalisation d’un projet de ce type peut être vraiment rapide avec de la bonne volonté et une vision à long terme.

P1010121

– Parlons de toi, comment est né le projet  Les Compagnons Du Végétal » ? Qu’est ce qu’il s’est passé en toi et t’as motivé pour avoir envie de passer à l’action ? ligne

Entre mes études qui m’ont emmené jusqu’à un Bac+2 dans le commerce et la création de l’association, il s’est passé tout un tas de choses ! J’ai tout d’abord eu envie de me rapprocher de la nature et de quitter la débauche des villes qui ressemble davantage à de l’autodestruction qu’à une quête du bonheur. Achat d’une bibliothèque naturaliste, randonnées, observations,… en un an je savais déjà plus de choses sur la nature que je ne l’aurais imaginé ! Les problèmes liés à l’essoufflement de notre société (fin des matières premières, répartition des richesses, maladies pandémiques, perte de la biodiversité…) m’ont très vite amené à développer une passion pour les films documentaires, je voulais comprendre pourquoi et comment nous en sommes arrivés là ?! Le constat que rien ne changerait si je restais assis devant mon ordinateur a très vite laissé place à l’action : bénévolat dans une ferme en permaculture pendant près d’un an, formation en permaculture et agriculture naturelle, expérimentation chez des proches… Une idée a eu plus d’impact que les autres sur moi : celle de construire le nouveau monde sans passer son temps et son énergie à essayer de détruire l’ancien. Fort de mes expériences et de mes savoirs mais sans réelle prétention, le temps était venu de me lancer dans cette magnifique aventure que sont Les Compagnons du Végétal !

– Au quotidien, il y a forcément des hauts et des bas, qu’est ce qui t’énerve le plus ? ligne

Trois choses m’énervent principalement.

En premier lieu, c’est le contexte actuel dans lequel il est préférable de refaire faire un rond point pour 50 000 euros plutôt que de donner 1000 euros pour la création d’un jardin naturel pédagogique en libre service. De plus, pour faire les démarches administratives correctement, il faut passer un trimestre par an sur l’ordinateur. Cela m’insupporte au plus haut point.

Il y a aussi l’arrivée du Perma-business, qui risque de faire du tort à cette notion qui est par essence l’opposition au système actuel (Permaculture = création d’abondance naturelle donc gratuite pour tous ; Perma-business = création de richesse capitaliste à partir de l’abondance naturelle)

Enfin ce qui est frustrant, c’est d’expliquer à quel point on est au bord de la catastrophe écologiques (perte de 70% de la biodiversité en 50 ans, en suivant une courbe exponentielle) et que de grands changements vont avoir lieu, et, qu’en retour, même si beaucoup de personnes disent “c’est trop bien ce que tu fais”, ces mêmes personnes préfèrent rester dans le confort illusoire de cette société occidentale colonisatrice.

Remercions l’Afrique de nous permettre d’avoir du pétrole, gaz, lithium, terre rares, uranium pour qu’on puisse jouir des plaisirs de la vie moderne sans en payer les contreparties.

Mais arrêtons de penser que cela va toujours en être ainsi… La vision de l’avenir telle qu’on nous le présente vous rend joyeux ? Vous donne de l’espoir ? Pas vraiment, hein ? Alors mettons-nous y tous ensemble et les générations futures nous remercieront ! 🙂

– Bon mais quand même on veut savoir surtout ce qui te réjouit le plus pour finir sur une note positive ! Quelles sont les réussites qui t’encouragent à poursuivre tes ambitions ?  ligne

Ce qui me réjouit c’est de pouvoir mettre en place des zones de gratuité comme les jardins en libre services, grainothèques et bientôt bibliothèques ! De pouvoir le faire dans des lieux publics sur la demande des municipalités ! Qu’il y ait ce bouillonnement d’initiatives alternatives partout dans le monde et que cela prenne de plus en plus le devant de la scène médiatique. Nous sommes en transition entre 2 mondes, il est vain de tenter de garder un système sous perfusion, créons notre monde de demain !

– Et d’ailleurs, c’est quoi tes ambitions ? Fais nous rêver ! ligne

Continuer de faire évoluer l’association qui je pense peut être une partie de la réponse à la problématique contemporaine ; être acteur du changement sur le territoire sur lequel nous agissons aujourd’hui, continuer de faire émerger le nouveau monde en développant la gratuité et en unissant les différents acteurs. Je ne sais pas jusqu’où cela m’emmènera personnellement, mais j’espère que vous suivrez mon parcours de fourmi dans cette belle fourmilière des alternatives!

Merci !!

P1000912

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

2 commentaires sur “INTRODUCTION À LA PERMACULTURE PAR BEN”

  1. Amine dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article plein d’humanité, de bon sens, de sagesse et surtout d’espoir!

    C’est très motivant de voir qu’on est de plus en plus à vouloir changer les choses!

    A bientôt 🙂
    Amine

  2. Michel dit :

    Il gère la fougère ce garçon !

    *Clap clap*

    No more to say !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *